10 juin 2021

Cet état des connaissances est né d’une demande exprimée par les dirigeants du SQETGC à l’INESSS afin que celle-ci documente les meilleures pratiques en prévention, en évaluation et en intervention auprès des personnes qui présentent une DI, une DP ou un TSA et manifestent des troubles graves du comportement (TGC). Le TGC est défini comme une action ˗ ou un ensemble d’actions ˗ qui est jugée problématique parce qu’elle s’écarte des normes sociales, culturelles ou développementales et qui est préjudiciable à la personne ou à son environnement social ou physique. Le TGC met en danger, réellement ou potentiellement, l’intégrité physique ou psychologique de la personne, d’autrui ou de l’environnement, ou compromet sa liberté, son intégration ou ses liens sociaux.

Méthodologie

Une revue systématique de la littérature scientifique et grise a été́ réalisée en respectant les normes de production des revues systématiques de l’INESSS [2013]. Au total, 52 documents ont été recensés, dont 18 écrits encadrant la pratique issus de la littérature grise et 34 revues systématiques ou méta-analyses. La qualité méthodologique des documents retenus a été évaluée à l’aide de grilles reconnues. Les données provenant de ces publications ont été extraites, et les résultats sont présentés sous forme de synthèse narrative.

Résultats

De façon générale, les valeurs et les principes d’intervention préconisés dans les documents consultés traduisent l’importance d’établir un partenariat étroit avec la personne qui présente des TGC et sa famille et de respecter leurs droits, dont celui d’être traité avec dignité en tout temps, de recevoir du soutien adapté à leurs besoins et préférences. Impliquer la personne dans la prise de décision, encourager son autonomie, améliorer sa qualité de vie et maintenir une relation de confiance respectueuse avec elle font également partie des valeurs et principes d’intervention mis de l’avant dans les documents examinés.

Dans l’optique de prévenir l’apparition des TGC, les documents encadrant la pratique font consensus en proposant d’évaluer les facteurs de risque et de protection. Il est suggéré d’évaluer de façon périodique les compétences de la personne dans différents domaines (communication, habiletés sociales, autodétermination, gestion des émotions) ainsi que son état de santé globale. À la suite de ces évaluations, il est conseillé de mettre en place, dans une perspective écosystémique, un ensemble d’actions préventives réduisant les facteurs de risque et renforçant les facteurs de protection, autant au regard des facteurs individuels, du contexte social que de l’organisation dans le milieu et l’environnement physique.

Au regard des meilleures pratiques en évaluation des TGC, les documents consultés soulignent que celle-ci sert à̀ renseigner les intervenants sur plusieurs aspects de la manifestation des TGC, dont à déterminer la gravité des TGC, à comprendre les fonctions des comportements problématiques ou à mesurer le risque que représente le comportement pour la personne et pour autrui.

À propos des meilleures pratiques en intervention en TGC, trois types d’interventions psychosociales semblent généralement efficaces pour réduire les comportements problématiques, soit les interventions basées sur l’analyse appliquée du comportement, les interventions basées sur l’approche cognitivo-comportementale et celles utilisées dans l’approche du soutien comportemental positif (Positive Behavior Support). Ces types d’interventions visent à̀ augmenter les comportements de remplacement aux TGC et à réduire la fréquence ou la gravité des TGC. Les revues systématiques examinées font consensus en soulignant que l’efficacité́ des interventions psychosociales est fortement liée à la capacité́ des milieux de personnaliser les stratégies de leur mise en œuvre.

Enfin, à propos des meilleures pratiques liées à la mise en œuvre des services, la littérature consultée mentionne l’importance d’instaurer une gouvernance nationale responsable d’assurer la qualité de la pratique, l’utilisation judicieuse des budgets et l’accessibilité des services. La formation offerte au personnel œuvrant auprès de personnes qui présentent des TGC est considérée comme un des facteurs déterminants de la qualité des services, dans l’ensemble des documents retenus.

Les auteurs concluent que la mise en œuvre des meilleures pratiques répertoriées dans cet état des connaissances représente certes un défi pour les acteurs investis auprès des personnes manifestant des TGC. Bien que plusieurs de ces bonnes pratiques soient déjà connues et appliquées au Québec, des efforts additionnels pourraient être faits pour leur implantation, sachant qu’elles sont susceptibles d’améliorer le bien-être et la qualité de vie des personnes concernées et de leur famille et, ultimement, de favoriser une plus grande inclusion sociale.

La Société accueille favorablement le document, même si elle aurait apprécié que les auteurs prennent davantage le temps d’exposer dans le concret ce dont il en retourne au regard des pratiques québécoises d’intervention auprès des personnes ayant une déficience intellectuelle et manifestant des troubles graves du comportement. Connaître le nombre de personnes bénéficiant de ces services, la hauteur des ressources disponibles (financières, notamment) ou encore le profil des intervenants (par exemple, ceux-ci sont-ils déjà formés aux trois principaux types d’interventions psychosociales recensés) aurait ici permis de mieux juger de la recevabilité et plus encore de la faisabilité réelle des efforts additionnels demandés.


Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS). Troubles graves du comportement : meilleures pratiques en prévention, en évaluation et en intervention auprès des personnes qui présentent une déficience intellectuelle, une déficience physique ou un trouble du spectre de l’autisme.

État des connaissances rédigé par Isabelle Boisvert et Michel Mercier. Québec, Qc : INESSS; 2021. 87 p.