18 juin 2021

Thierry Vallette Viallard, père de Thibault.

Pouvez-vous vous présenter et nous expliquer comment ce sont passées les premières années avec Thibault? 

Avec mon épouse, Sandrine, nous avons trois enfants. Thibault est le troisième et il vit avec une déficience intellectuelle légère (DIL). Après sa naissance rien n’avait été diagnostiqué, si ce n’est que sa mère avait repéré que ses réflexes à la tétée semblaient étranges. Quinze jours après sa naissance, Thibault est tombé malade et a eu une intervention en urgence qui a donné lieu à des observations sur son manque de tonus. Petit à petit, on a découvert des signes de développement global peu classiques. Ce n’est qu’à l’âge de 3 ans, qu’on nous a annoncé que Thibault avait un retard global de développement.

Comment réagir face à une nouvelle de cet ordre? 

Face à cette nouvelle, j’ai d’abord été ébranlé, toutefois je me suis dit : « Tu es responsable de lui, adopte une attitude pour grandir avec lui. Ce sera une expérience de vie, qu’ensemble, nous allons vivre ». À l’extérieur de la cellule familiale, petit à petit, j’ai découvert comment le système fonctionne qu’il soit médical ou scolaire. Partout, le handicap n’est pas bien pris en charge ou mal perçu. Avoir un potentiel moindre, nous a poussés à comprendre d’abord, puis à trouver comment aider Thibault à s’épanouir, à lui apprendre à lire, à écrire et à compter d’une façon adaptée. Je me souviens; au préscolaire, passé le premier choc de l’institutrice face au profil de Thibault, au 2e trimestre la relation était bien meilleure entre eux et au 3e, elle était en amour avec lui. Ayant pris conscience que le système de l’éducation au régulier ne serait pas adapté à Thibault, nous avons assisté aux portes ouvertes du Centre François Michelle, qui est une école spécialisée, basée à Montréal et qui accueille les jeunes de 4 à 21 ans, diagnostiqués avec une déficience intellectuelle légère. Nous avons déposé le dossier et bien nous en a pris ! C’était un environnement scolaire qui répondait aux besoins de Thibault. Même s’il a fallu 20 ans à Thibault pour apprendre à écrire et former des lettres, il y est arrivé grâce à une étroite coopération entre l’école et la maison !

Qu’est-ce qui vous rend fier chez Thibault? 

Alors que Thibault vit avec une déficience, il a cette force de se faire aimer par les petits et les grands. Il a un contact visuel et personnel qui fait que les gens sont confortables avec lui et heureux de passer du temps avec lui. Il se « branche » avec chaque personne, dégage une énergie positive et a une faculté naturelle de sonder si son interlocuteur ou son interlocutrice est heureux ou heureuse. Il recherche à ce que l’autre soit bien dans l’instant présent. C’est une chaleur, une appétence, un savoir-être qui l’aide beaucoup dans son quotidien. Je suis fier de tout ce que Thibault réussit à accomplir, notamment d’avoir développé de vraies compétences relationnelles, de s’épanouir dans le domaine du théâtre et d’être bientôt diplômé de la Formation préparation au travail (FPT) du Centre François Michelle !

Qu’est-ce qu’il vous a appris ? 

Qu’il est unique, comme chacun de nous, et qu’il faut prendre le temps de l’écoute et de la répétition. La paternité m’a appris à adapter mon être à chacun de mes enfants, et notamment envers Thibault afin de l’amener à s’exprimer et à l’aider à développer une relation de complicité. Le plus bel apprentissage est d’être à son écoute et de ne pas uniquement être le guide, mais aussi le complice. Thibault m’a appris à toquer à sa porte afin que je comprenne comment l’ouvrir et le mettre en confiance et de croire en lui. J’ai découvert avec lui que d’être un père, c’est aider à découvrir, à faire grandir, de croire en ses forces pour s’envoler et vivre sa propre existence. 

Quel message souhaitez-vous adresser au père d’un enfant ayant une déficience intellectuelle ? 

Il me semble qu’il faut d’abord accepter la situation, cela prend plus ou moins de temps. En ne l’acceptant pas, on est dans un rejet et donc plus en capacité de faire grandir. Mais rien n’est irréversible. Ces êtres qui vivent avec un handicap nous interpellent : chacune et chacun nous invite simplement à être compris ; « Veux-tu être dans le présent pour passer un moment ensemble et te connecter avec moi ? ». Le fait d’être en recherche de solutions adaptées permet d’optimiser les chances de pouvoir aider son jeune dans un mode d’apprentissage de vie unique. Tout se construit jour après jour. Il faut faire le deuil d’une projection, d’un parcours régulier pour accepter d’aller sur un autre chemin où il y a tout à créer ! 

En créant ensemble un climat où ton jeune va se sentir à l’aise, il va pouvoir grandir, s’épanouir et être en confiance pour se préparer à monter un escalier. Cet escalier est irrégulier, car on ne sait pas la hauteur des marches. Il faut adapter le pas pour l’amener à atteindre, par lui-même, le palier supérieur. S’adapter à son rythme, à la réalité de l’autre, cela nous montre la capacité de chacun et de chacune à trouver ensemble des solutions pour mener une vie équilibrée la plus belle possible.