22 mars 2022

La Société québécoise de la déficience intellectuelle a participé au huis clos du budget provincial 2022-2023. Les attentes étaient grandes envers le gouvernement, et malheureusement, ce budget est une occasion manquée d’améliorer l’accès aux services.

La pandémie a exacerbé des problématiques profondes dans le réseau de la santé et des services sociaux et d’autres sphères de l’action du gouvernement du Québec. Pourtant, le gouvernement a plutôt choisi de produire un budget électoraliste, avec des mesures populistes. Ces mesures n’aideront pas ceux qui sont le plus dans le besoin, et ne répondront pas aux besoins criants des personnes et familles. Rappelons que les personnes en situation de handicap sont systématiquement plus susceptibles d’être en situation de pauvreté et de ne pas avoir accès à l’emploi. Rappelons également que les besoins sont criants dans le réseau de la santé et des services sociaux.

La Société québécoise de la déficience intellectuelle continuera malgré tout de demander des réinvestissements massifs en déficience intellectuelle afin de répondre aux besoins des personnes et des familles. L’engagement profond de la Société en faveur de services publics, universels et de qualité demeure au coeur de son action, en faveur des droits des personnes et de leur famille, et plus largement de toutes les populations en marge de la société.

Analyse du budget selon les sujets

Aide financière aux personnes et aux familles

La somme de 500$ par personne, annoncée est nettement insuffisante pour aider réellement les ménages à plus faible revenu. Le ministre des Finances affirme qu’il s’est basé sur un panier de consommation de 25 000$ pour définir le niveau de soutien à donner aux personnes, mais il faut rappeler que les personnes prestataires des programmes d’aide financière de dernier recours ne sont même pas proches de recevoir ce montant par année.

L’inflation et l’augmentation du coût de la vie vont toucher plus durement les personnes à faible revenu. Il faut dès maintenant augmenter les montants des prestations des aides financières de dernier recours et ne pas attendre que les données précises sur l’inflation soient connues. Le ministère a la capacité de le faire, puisque le nombre de prestataires des programmes d’aide sociale et de solidarité sociale ne cesse de diminuer depuis plus de cinq ans. La baisse du budget pour les régimes d’aide financière de dernier recours atteindra d’ailleurs un chiffre record de 207M$ cette année. Le gouvernement du Québec devrait utiliser immédiatement ces montants afin de rehausser la prestation de toutes les personnes recevant des aides financières de dernier recours.

De plus, la Société québécoise de la déficience intellectuelle demande dès maintenant au gouvernement du Québec et au ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale de lancer un plan de réforme des programmes d’aide sociale et de solidarité sociale, avec une réforme de la Loi sur l’aide aux personnes et aux familles d’ici à 2026.

Habitation

Par ailleurs, bien que des annonces aient été faites sur les budgets en habitation, force est de constater que bien peu d’argent risque de se retrouver investi dans les ressources d’habitation pour les personnes en situation de handicap.

Quant à lui, le ministère de la Santé et des Services vise à poursuivre le « développement de 2600 places en maison des aînés et milieux de vie alternatifs d’ici le 31 mars 2023 ». Aucun détail n’est précisé concernant ces places, mais rappelons que les personnes en situation de handicap ne devraient jamais être forcées de vivre dans des établissements de type CHSLD, même si l’intensité de services qu’elles requièrent est élevée. 

Pourtant, les besoins en matière de logement pour ces populations sont gigantesques : les listes d’attente se chiffrent à plusieurs années et très peu de financement est disponible pour la réalisation de milieux de vie alternatifs par et pour les communautés.

Le recours à des milieux de vie de plus en plus grands et contrôlés est un pas vers un retour aux institutions, et il importe qu’un virage communautaire soit fait en matière d’habitation et de milieux de vie.

Personnes proches aidantes

Notons que le Plan d’action pour le soutien aux personnes proches aidantes est financé à hauteur de 125,3M$ sur cinq ans. Ces sommes devraient servir à financer du répit et soutenir les personnes proches aidantes. C’est une bonne nouvelle.

L’augmentation du montant du crédit d’impôt pour les personnes proches aidantes est également une bonne nouvelle.

Financement des organismes communautaires

Par ailleurs, soulignons la hausse du financement à la mission des organismes communautaires. Avec un investissement additionnel de 1G$ sur cinq ans, le gouvernement du Québec vise à augmenter le financement à terme de plus de 30% par rapport à 2020-2021.

C’est un bon début, mais le financement à la mission devra continuer d’augmenter.

Justice

La Société est consternée de voir que très peu d’investissements sont annoncés afin de mieux accompagner les personnes en situation de marginalité dans le système de justice, et dans le renforcement du filet social en général.

Les lacunes du Curateur public du Québec, mises en lumière en février, ont prouvé que le gouvernement du Québec échoue à adéquatement protéger et aider les personnes les plus en marge de la société. Pourtant, seuls 18M$ sur cinq ans ont été annoncés pour « rehausser la prestation de services aux personnes inaptes ». C’est insuffisant. Il faut agir plus rapidement, de façon plus décisive.

Une intervention interministérielle est nécessaire et il est surprenant de constater qu’aucun plan ne semble être fait pour aller en ce sens.

Santé et services sociaux

Ce budget n’apporte aucune solution aux besoins en déficience intellectuelle.

La hausse prévue du budget Déficience intellectuelle et trouble du spectre de l’autisme est de 8% entre 2021-2022 et 2022-2023, avec un budget prévu de 1.3G$ en 2022-2023. Malgré tout, les personnes et les familles n’ont vu aucune amélioration en termes de services dans les dernières années. Pire, une dégradation significative des services a eu lieu durant la pandémie. Ainsi, malgré une hausse des budgets en déficience intellectuelle et trouble du spectre de l’autisme, il faut se demander où va réellement l’argent alors que les personnes et les familles ne voient aucune amélioration des services et que les listes d’attente ne font qu’augmenter.

La Société québécoise de la déficience intellectuelle continue de réclamer un réinvestissement significatif dans les services aux personnes et aux familles. Ces services doivent être publics, universels et de qualité. Le gouvernement doit agir dès maintenant.