07 mai 2021

Pour la fête des Mères, nous souhaitons vous présenter trois mamans extraordinaires qui gravitent dans notre grande communauté de parents attentionnés. Portraits de femmes bienveillantes, d’enfants remarquables et d’un amour maternel inconditionnel. À toutes les mamans, joyeuse fête des Mères !
 
Sonam Gendun est la maman de Jordan, jeune ambassadeur de la Semaine québécoise de la déficience intellectuelle.

Quand as-tu appris que Jordan avait une trisomie 21?

Sonam Gendun : C’était à l’hôpital, le lendemain de l’accouchement. J’ai appris la nouvelle de façon très violente, car on me l’a annoncée sans prendre trop de gants. On m’a dit toutes choses négatives qui étaient rattachées à la Trisomie 21. On m’a même demandé si je voulais garder mon enfant ou le mettre en adoption… J’ai donc passé ma première année de maternité au Children Hospital, une année plus négative que positive, d’examen en examen. Et puis j’ai décidé de faire comme je pensais : ce n’est pas de sa faute s’il est trisomique, ni la mienne, et même si ça prend beaucoup de temps et d’énergie, je fais tout ce que je peux pour que Jordan soit heureux et le mieux pris en charge possible. Je l’ai toujours traité comme un enfant régulier, sans faire trop de cas de sa déficience intellectuelle. Je ne vais pas le traiter avec des gants blancs, parce que le monde ne le traite pas comme ça ! Je voulais qu’il aille dans une classe régulière, parce que lui-même se pousse beaucoup et veut être pareil que les autres. Je voulais qu’il soit capable d’être dans des lieux publics et se comporter avec les gens de la meilleure façon possible, qu’il contrôle ses émotions, qu’il profite de chaque occasion pour s’épanouir.

On parle de déficience intellectuelle, mais on oublie que ces personnes ont une grande intelligence, que les personnes neurotypiques n’ont pas forcément. Comment la définirais-tu?

SG : C’est une intelligence émotionnelle incroyable. Jordan me fait par exemple sourire tout le temps, même si je suis triste, déprimée… Même si je suis fâchée après lui! Il va trouver le moyen le plus intelligent possible pour me transmettre son énergie positive et remplie d’amour. Avant sa naissance, j’étais beaucoup plus dure, j’avais beaucoup d’attitude face à l’adversité. Jordan m’a appris la beauté de la vie, la compassion, l’amour et la patience. Il m’a aidé à comprendre ça, et à l’intégrer dans ma vie. Je ne peux pas imaginer ma vie sans lui. Il ne voit pas le danger, il ignore la méchanceté. Son innocence est une grande force car il ne semble jamais frustré. Je ne veux pas tomber dans le cliché et dire que toutes les personnes trisomiques sont remplies d’amour, certaines sont par exemple souvent fâchées, mais ce que je vis au quotidien, c’est que, peu importe la situation qu’il vit, Jordan va essayer de la tourner dans du positif.

Que t’a appris Jordan que tu voudrais dire à une mère d’une personne ayant une déficience intellectuelle ?

SG : Oui, ça fait peur ! Mais la peur doit être surmontée, parce que ce qu’on reçoit en retour est incroyable. Après le choc de la nouvelle, l’amour que tu vas développer pour ton enfant permet une reconstruction tellement plus forte que ce que tu ressens parfois. Ma vie avec Jordan est parfois dure, mais il a un impact positif sur tout ce que je vis, même vis-à-vis des épreuves que je traverse. C’est une motivation extraordinaire. Mon message à n’importe quelle maman, c’est « pensez avec votre cœur, ne lâchez pas la patate, gardez la tête haute et le courage de donner à votre enfant la meilleure vie possible! »