27 octobre 2020

Jasmin Audet, pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?  
Je suis tuteur d’une personne de 53 ans qui a une déficience intellectuelle que j’ai connu à l’âge de 9 ans. Entré dans le monde de la déficience intellectuelle en 1976, mon parcours professionnel s’est déroulé en grande majorité dans un centre de réadaptation en DI – TED, tant dans des milieux de vie où j’ai d’abord travaillé comme éducateur que comme gestionnaire de différents services et je me suis promené entre les différentes directions d’établissement : des services professionnels, de réadaptation, j’ai siégé plusieurs années au sein du conseil d’administration de l’agence de la santé et des services sociaux de l’Estrie et pris ma retraite officiellement en 2008 même si j’ai exercé quelques mandats ponctuels par la suite.

De quand date votre collaboration avec la Société québécoise de la déficience intellectuelle ?  
Je siège au CA de l’Association de Sherbrooke en déficience intellectuelle (ASDI) depuis 25 ans, je suis présentement président du conseil d’administration. J’ai toujours suivi les travaux de la Société québécoise de la déficience intellectuelle en tant que gestionnaire dans le réseau et par la suite, comme citoyen.

Pourquoi un engagement de si longue durée ?  
Toute ma vie, j’ai gardé des contacts avec cette clientèle vulnérable, qui a besoin de représentant pour leur permettre de se faire entendre. Aujourd’hui, et c’est une très bonne chose, certaines de ces personnes ont réussi à se faire entendre et prennent la parole, mais en 1976 les personnes ayant une déficience intellectuelle étaient mises à l’écart du grand public. Dès le début, il m’a semblé très important de travailler à leur intégration dans la société, qu’on les côtoie pour pouvoir apprendre à les connaitre. Les personnes vivant avec une déficience intellectuelle ont un rôle dans la société qu’il nous faut valoriser. Je me suis battu toute ma carrière pour que le gouvernement reconnaisse leurs besoins qui sont souvent permanents, que le réseau de santé et des services sociaux soit aussi équitable avec ces personnes. Pour qu’on prenne soin des personnes plus vulnérables. La Société est un des seuls interlocuteurs pour les personnes qui ont une déficience intellectuelle et leur famille et est en position pour interpeller efficacement le ministère. Malheureusement, il subsiste aujourd’hui peu d’instances qui remplissent ce rôle. Je vois la Société comme un chien de garde vis-à-vis des droits et de l’offre de services pour les personnes vivant avec une déficience intellectuelle.

Quels sont les grands sujets sur lesquels rester particulièrement vigilant dans les mois et années à venir ?  
Les ressources financières et les budgets sont de plus en plus fragiles et nous voyons bien que nous vivons des pénuries de personnel dans la santé et les services sociaux. La société québécoise a encore beaucoup à faire afin que les personnes vivant avec une déficience intellectuelle participent au projet de société et ainsi, les amener à être reconnues dans leur capacité. Notre société change, nous sommes maintenant dans un monde de technologies, il nous faut adapter nos façons de faire afin que ces personnes s’y sentent partie prenante. Il est temps aussi d’amener les gens à reconnaitre de plus en plus le travail qui peut être fait par les personnes ayant une déficience intellectuelle qui sont réputées à juste titre rigoureuses, précises et professionnelles. Pour ce faire, il faut simplement très bien les accompagner, avec du personnel compétent et à l’écoute.

À titre individuel, que vous a apporté le fait de vivre en compagnie des personnes ayant une déficience intellectuelle ?  
Elles m’ont permis d’apprécier la vie, d’aimer ce qui existe. Quand je fais des activités avec cette personne dont je suis le tuteur, c’est tellement simple, pas compliqué et sans compétition. De façon générale, ces personnes ne jugent pas les autres et sont très satisfaites de ce qu’elles ont, pas toujours dans une perpétuelle quête de toujours plus. De plus, elles accueillent les autres comme ils sont, sans discrimination, que ce soit l’apparence, l’âge, la richesse, etc.Pour les personnes ayant une déficience intellectuelle, la relation avec l’autre est primordiale. Nous avons beaucoup à apprendre d’elles, voire même des leçons à recevoir. Lorsque mes enfants étaient petits, j’ai favorisé des contacts avec d’autres enfants différents afin d’ouvrir leur vision d’une société inclusive et bienveillante. Que nous soyons doué, dans la norme, vivant avec une déficience intellectuelle ou un spectre de l’autisme, nous avons tous des besoins différents et il est important de partager nos attentes et ensemble, essayer d’y répondre.